S15 - La résilience, le territoire et la gouvernance

Organisation: Fabienne LELOUP / Laurence MOYART /Sébastien PRADELLA

La session part du constat du contexte actuel de risques émergents et marqué par la montée des incertitudes, de l’instabilité, de crises difficiles à anticiper et à maîtriser qui traversent nos sociétés.

La résilience est ici considérée comme la capacité d’un écosystème territorial à survivre aux menaces, aux dangers, aux catastrophes, aux chocs et aux contraintes engendrées par un traumatisme socio-économique, et à se reconstruire ensuite. La polysémie du concept de résilience territoriale nourrit de nombreux débats académiques et gestionnaires sur son utilisation et sa pertinence heuristique, méthodologique et opérationnelle.

La résilience est présentée comme un élément supplémentaire du registre de l’action publique territoriale, mais aussi du répertoire des initiatives des acteurs locaux. Elle constitue une notion pertinente pour penser les risques et le devenir des territoires toujours davantage aux prises avec de multiples changements et dès lors la gestion du risque au sein des territoires. Elle semble à la fois appropriée pour le suivi et l’évaluation des systèmes territoriaux, mais aussi pour appréhender ces systèmes et les dynamiques territoriales, de même que les risques en jeu en termes de trajectoires territoriales.

Classiquement dans la littérature l’usage du concept de résilience a été marqué par l’héritage de l’écologie (inondations, séismes, explosions…). Nous proposons ici de nous focaliser sur son usage en cas de choc socio-économique majeur et d’analyser les chocs de gouvernance qui en résultent. Ainsi, la rhétorique de la résilience, initialement déployée par des organisations internationales, est de plus en plus mise en avant en direction des territoires et des collectivités locales qui les gouvernent, tout autant qu’envers les entreprises qui y ont des activités.

La résilience appréhendée ici renvoie donc à la capacité d’adaptation à une situation de crise.

Plus spécifiquement, nous nous centrons sur une vision opérationnelle de la résilience territoriale. A travers l’analyse des nouveaux dispositifs de politiques publiques qu’elle rend possibles, tant curatifs (outils EX-POST) que préventifs (outils EX-ANTE), nous nous centrons sur les instruments de la résilience territoriale.

Depuis quelques années, de nombreux instruments renvoyant à une politique de résilience territoriale se sont développés. Ils ne sont pas encore toujours identifiés. Certains territoires réinvestissent des techniques éprouvées depuis longtemps, comme la planification réglementaire du territoire.

Parmi ces outils, citons : la planification stratégique, l’intelligence territoriale, la mise en place de cellules d’anticipation des risques composées d’experts, les réseaux d’information et de veille sur les activités économiques, les outils informatiques de simulation et de modélisation urbaine en vue de prédire la croissance ou le déclin démographique et économique, la cartographie, les plans de prévention des risques, les agences de reconversion industrielles, les administrations ou autres organes de prospective, de veille et de surveillance, mais également les outils de marketing territorial et de monitoring, etc.

La résilience territoriale est appréhendée ici comme un concept normatif, un état souhaitable à atteindre par la mise en œuvre d’instruments plus ou moins adaptés et pertinents. La résilience est envisagée comme un attribut incontournable et souhaitable d’un mode de gouvernance territoriale afin de mettre en place un projet de territoire et de faire face aux chocs exogènes.

Les communications sont invitées à aborder les questions suivantes :

  • Comment s’articulent les différentes temporalités (des crises, des chocs, du jeu électoral, des cycles budgétaires, etc.) et le jeu multi-échelles dans la définition des stratégies de résilience et l’adoption d’instruments de politique de résilience territoriale ?
  • Quelles sont les conditions économiques, politiques et sociales qui favorisent ou, au contraire, restreignent l’adoption et la mise en œuvre des instruments des politiques de résilience territoriale ?
  •  Par quels processus sont définis les risques économiques et industriels et les dommages causés dans les politiques de résilience territoriale ?
  • Comment transformer les contraintes liées aux changements économiques en opportunités de développement ?
  • Quel est le rôle des élus locaux quant à l’adoption des outils (ex-post et ex-ante) en particulier préventifs plus ou moins couteux et marqués d’incertitude sur le plan des résultats ?
  • Quelle capacité d’adaptation et de transformation du territoire est réellement créée par les instruments de politique de résilience ? Comment évaluer la performance de ces instruments ?
  • Quelle distinction faire entre les stratégies et les instruments de résistance territoriale et ceux de résilience ?

Propositions attendues

Les organisateurs de cette session spéciale attendent des propositions centrées sur les types et les effets observés d’instruments de politique de résilience territoriale, ainsi que leurs conditions d’adoption et de mise en œuvre. Elles présenteront des travaux de recherche et des retours d’expériences sur des territoires touchés par des catastrophes socio-économiques de préférence (analysant par exemple les effets dominos de la chute d’une industrie structurante pour un territoire). Ces catastrophes illustrent aussi la capacité des pouvoirs publics à gérer la crise, à adapter et innover pour retrouver un certain équilibre post-traumatique (sorte de « retour à la normale »), pour rebâtir un projet territorial fédérateur visant à effacer sans oublier, révélatrice d’une dynamique de territoire articulant, de façon spécifique, les enjeux économiques, sociaux et politiques en présence. C’est en outre la question de la coordination et de l’articulation des différentes actions publiques qui est posée, afin de prendre en compte la complexité des enjeux particuliers.

Les communications viseront à proposer des leviers d’action pour améliorer la résilience en agissant sur le territoire ou sur l’articulation des politiques publiques.

Parmi les valorisations à envisager à partir des communications présentées à l’occasion du Colloque ASRDLF 2017, les organisateurs pensent notamment à un ouvrage dirigé ou à un numéro spécial de revue.

Références

Le Blanc A., T. Nicolas (2013), « Politiques et pratiques de la résilience », EchoGéo, 24

Raco M., E. Street (2012), “Resilience Planning, Economic Change and The Politics of Post-recession Development in London and Hong Kong”, Urban Studies April 49 (5): 1065-1087

Shaw K., L. Maythorne (2013), “Managing for local resilience: towards a strategic approach”, Public Policy and Administration, January 28(1) : 43-65.

Special Edition : “Local Growth Evolutions: Recession, Resilience and Recovery”, Cambridge Journal of Regions, Economy and Society, 2015, 8.