S28 - Le développement territorial rural dans les pays méditerranéens : Emergence, expériences et perspectives

Organisation: PECQUEUR Bernard / CAMPAGNE Piere / SAIDI Abdelmajid / AKERKAR Akli

Mots clés : Gouvernance, resources territoriales, développement territorial rural, Pays méditerranéens. 2

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la réalité rurale a connu des évolutions parallèles sinon convergentes (avec un décalage chronologique bien entendu) entre les pays du Nord et les pays du Sud (Campagne et Pecqueur, 2014). Eu égard à ces mutations des espaces ruraux, Berriet-Solliec et al. (2001, 2009) distinguent quatre acceptions du développement rural, qui ont connu chacune un âge d’or en fonction des représentations, des objectifs et des défis de chaque époque, mais qui aujourd’hui, cohabitent et coexistent (Torre et Vollet, 2016), s’entremêlent et s’imbriquent au gré des réformes et des réajustements (Berriet-Solliec et al., 2013). Il s’agit de la conception agrocentrée de l’après guerre où l’agriculture constitue l’’activité principale des campagnes considérées comme espaces de production, de la logique de développement régional durant les années 1960 et 1970 où les politiques d’aménagement du territoire avaient pour objectifs de luter contre les déséquilibres et les inégalités territoriales, de la vision intégrée du développement rural correspondant à la logique territoriale depuis la fin des années 1980 et enfin de la conception environnementale.

L’émergence progressive de l’approche de développement rural reposant sur le référentiel, au sens de P. Muller (2011), de « développement territorial » dans les pays de Sud et son affirmation dans les pays du Nord, est perçue par les économistes ruraux et des territoires comme une réponse émergente à la mondialisation (Campagne et Pecqueur, 2014). En effet, contrairement à ce que l’on aurait pu penser, cette dernière a fini par réhabiliter le territoire dans l’élaboration des politiques de développement et entraîné une territorialisation accrue des comportements des acteurs (Guigo, 1997).

Le territoire n’est plus considéré comme un simple support physique (espace banal) de l’activité économique, mais plutôt comme un facteur de production permettant d’impulser les dynamiques localisées en mobilisant des avantages concurrentiels que constituent ses ressources ou actifs spécifiques (avantages concurrentiels crées) (Pecqueur, 1994). Cela signifie que les dynamiques territoriales rurales ne reposent pas seulement sur la mobilisation des ressources locales préexistantes (dotation factorielle donnée), mais de plus en plus sur la révélation et la valorisation des ressources inédites (Pecqueur, 2005) qui distinguent les territoires les uns des autres. 3

Cette stratégie de valorisation des ressources locales spécifiques inspire les politiques de développement rurales aussi bien de l’Union Européenne avec les programmes LEADER, que celles des Pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée (PSEM) avec par exemple la stratégie 2020 du développement rural au Maroc, la stratégie nationale de développement rural durable en Algérie, les programmes de développement rural intégré en Tunisie, etc. L’objectif de ces stratégies est la création d’emplois et l’amélioration des conditions de vie des populations rurales grâce à la promotion des initiatives individuelles ou semi-collectives des communautés locales. Ce nouveau modèle de développement qui s’appuie sur des composantes organisationnelles, caractérisées par la territorialisation, une intégration multisectorielle et une gestion par les acteurs locaux des activités (campagne, 2007) peut se traduire par l’apparition d’une « rente territoriale » susceptible d’être au centre d’une nouvelle théorie du « développement rural ».

Ce présent appel à communication a pour but d’alimenter le débat et la réflexion sur le processus de territorialisation du développement rural dans les pays méditerranéens. Il invite les chercheurs, jeunes docteurs, acteurs du terrain, doctorants de différentes disciplines qui s’intéressent aux espaces ruraux (géographie, sociologie, économie, sciences politiques, etc.) à confronter leurs points de vue et regards pour mieux comprendre, analyser, examiner, comparer et critiquer ce processus qui tend à devenir une nouvelle théorie du développement rural.